Histoire

Histoire du Chêne

Liernu a le bonheur d’abriter l’arbre le plus fameux de Belgique, dénommé d’ailleurs « Gros-Chêne de Liernu ».

C’est véritablement le géant du pays; ses dimensions sont considérables: une circonférence de plus de 14 mètres au sol et de près de 11 mètres à 1 mètre de haut, une couronne de plus de 20 mètres de diamètre, et une hauteur totale de 19 mètres.

A défaut d’être l’arbre le plus élevé, c’est assurément le plus massif. On dit également qu’il serait le plus vieux et qu’il pourrait avoir 1000 ans.

Ainsi s’exprimait Jean-Pierre LAMBOT dans la revue « Hebdo 2000 » n°388.

Certains historiens dépeignent le chêne pédonculé de Liernu en rescapé de la Forêt charbonnière qui couvrait le centre et l’ouest de la Belgique. L’origine de l’arbre se situerait dans la période s’étalant entre le règne de Charlemagne et le Xème siècle.

A la fin du Moyen-Age, le Chêne a sans doute une certaine prestance. D’après la tradition populaire en effet, c’est sous son ombre que le Seigneur du lieu, résidant à proximité, rendait justice; nombre de documents attestent ces jugements.

Diverses sources orales rapportent qu’un anneau servant à pendre les condamnés à mort, dont certains jusqu’à « consommation », était fixé à une des branches du Chêne

A une époque ignorée, la foudre frappa le chêne qui fut partiellement décapité et fendu jusqu’au sol, ce qui provoqua une crevasse assez large à la base. Le Gros-Chêne devint ainsi l’ami de l’homme en accueillant les avaleurs de chemin, les porte-besace qui cherchaient dans sa niche mystérieuse, un abri sûr. Périodiquement, il se transformait en atelier pour le chaudronnier d’Aische-en-Refail qui venait y rétamer fourchettes, cuillères, louches, écumoires, … ; les parois de son antre s’embuaient alors de la fumée du fourneau.

Menacé à maintes reprises par les villageois qui voulurent l’ébrancher pour la réfection des routes, le chêne fut même incendié! Et ce dimanche matin, extrait de son lit, le bon vieux curé dirigea de main de maître le sauvetage de « son chêne »; sa cavité fut raclée puis enduite d’une argile salvatrice.

Mais, il convenait de parer à toutes ces vicissitudes. Aussi, en 1838, l’abbé SAVINIEN fit installer dans le creux du chêne, une statue de Saint-Antoine Ermite, célèbre guérisseur et père de la vie monastique, mort à l’âge de 105 ans après avoir mené une vie de prières dans les grottes du désert de Thébaïde (Haute-Egypte). Afin d’attirer la protection divine, une prière en forme de quatrain, oeuvre de l’abbé PIRARD (fin XIXième siècle) fut écrite sur une plaque de bois posée au pied de la statue; au-dessous du monogramme du Christ, entouré d’alpha et d’oméga on lit:

« Toi qu’on invoque en ce vieux chêne,
Puissant protecteur de ce lieu,
Console-nous dans notre peine,
Saint-Antoine, ami du Bon Dieu »

En 1898, à la demande de la Société Nationale pour la protection des Monuments et des Sites, le Ministre des Beaux-Arts accordait le crédit nécessaire au placement d’un grillage de protection autour du chêne.

DEUX BOUGIES POUR LA GUERISON DES COCHONS!

Le 12 juillet 1924, la Commission Royale des Monuments et des Sites classait le Gros-Chêne parmi les arbres remarquables de Belgique. Par courrier du 16 juillet, les édiles communaux étaient invités à « veiller religieusement sur l’arbre ».

C’est à cette époque que l’on vit pour la dernière fois, une ou deux bougies allumées plantées au pied de la statue : c’était pour un villageois, la façon d’implorer l’Ermite pour la guérison de cochons atteints du rouget. Mais si le Saint apportait la guérison aux porcs, par contre, le chêne leur en assurait la pitance : c’est ainsi que certains éleveurs venaient, à la saison, ramasser les glands tombés, nourriture excellente pour les porcelets.

Le 4 avril 1939, Léopold III signait l’Arrêté Royal de classement du Gros-Chêne en qualité de monument naturel.

Le matin du 21 août 1970, l’abbé DOUTREPOINT constatait la disparition de la statue de Saint-Antoine qui depuis 132 ans, occupait la cavité du chêne.

En 1978, naissait la Confrérie du Gros-Chêne de LIERNU, société qui s’est attribuée comme premier devoir, la sauvegarde et la mise en valeur du vieux chêne. Devenue concessionnaire du site du Gros-Chêne, la Confrérie a entrepris divers travaux visant à préserver l’arbre. Elle a ainsi procédé au placement de béquilles destinées à soutenir des branches, de bardeaux contre les eaux d’infiltration, au toilettage de la cime, au curetage du tronc. etc.

Françis DAVISTER

et Arthur GREDE,

Confrères du Gros-Chêne de LIERNU

in : La Forêt Wallonne, 1988 #1

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